Huygens, la descente vers Titan
})
Le premier décembre, l’ESA, agence spatiale européenne, a tenu une conférence de presse, en vidéoconférence avec la Nasa, sur les derniers résultats des missions Cassini et Mars Express.
Ici, c’est la partie consacrée à Huygens, la sonde qui s’est posée le 14 janvier 2005 sur Titan, le plus gros satellite de Saturne, que je résume.
Huygens va rencontrer l’atmosphère de Titan à une altitude de 1270 km et en 3 minutes passer de 22 000 km/h à 1400 km/h, le bouclier thermique atteint alors 1800 ° Celsius. Un premier parachute permet la libération du bouclier thermique arrière, avant qu’un deuxième prenne le relais pour freiner la sonde et la libérer de son bouclier thermique avant. Un quart d’heure plus tard, un troisième parachute, plus petit, de 3 m de diamètre est ouvert. Il permet de ralentir le freinage, pour économiser les batteries. A partir de 60 km, Huygens détermine elle-même son altitude. Pendant la descente la sonde va dériver pendant 2h28 sur une distance de 160km.
})
Cette courbe montre les températures et les pressions enregistrées dans la descente. L’atmosphère de Titan est très stratifiée.
Par exemple, à la stratopause (limite entre la stratosphère et la mésosphère évaluée à 250 km) la température est de -86° Celsius alors qu’au sol elle est de - 180° Celsius avec une pression de 1.5 fois celle de la Terre.
Huygens a enregistré grace à son instrument Hasi une conductivité électrique entre 40 et 140 km d’altitude, avec des pointes ioniques vers 60 km correspondant certainement à des éclairs zébrant le ciel de Titan.
Titan a une atmosphère composée principalement d’azote et de méthane avec quelques traces de gaz rares, ce qui laisse supposer qu’à l’origine elle était d’ammoniaque est s’est transformée en azote au fil du temps. La proportion de méthane de 1.5% passe à 5% au niveau du sol.
Cette accumulation de méthane à la surface, la présence d’Argon 40 et de composés carboniques, tend à prouver qu’elle est due à un cryovolcanisme (volcanisme froid), et que de grandes réserves de méthane se trouvent dans les profondeurs du sol. Rappelons que l’atmosphère de Titan pour les savants est un peu comme celle de la Terre dans ses premiers ages. Il y en aurait donc de grandes réserves sur notre planète. J’ai déjà lu autre part l’existence d’une telle possibilité, un peu inquiétante en cas de dégazage intempestif de la planète, sous les grands fonds marins.
Enfin, l’azote, je passe les détails chimiques, est fondamental dans la création des molécules organiques non réfractaires, trouvées lors des analyses des aérosols.
})
Huygens a pris 350 photos lors de sa descente, elles ne sont intéressantes qu’à partir du moment où il a franchi le seuil brumeux des 50 km d’altitude. Le sol de Titan ressemble étonnament à celui de la Terre. Des paysages glacés avec la preuve d’une activité fluviale intense. A l’oeil nu la couleur du sol est brune avec des zones brillantes parcourues de canaux de 200 m de large et de 100 m de profondeur et des zones plus sombres correspondant à des lacs de méthane asséchés.
Là commence la part la plus époustouflante de cette conférence. Les scientifiques pensent que les canaux correspondent à des fleuves de méthane liquide (possible sous cette température). Ils sont alimentés par les pluies d’hydrocarbures et de composés organiques qui s’abattent sur Titan, et ruissellent le long des surfaces pour former des fleuves. Le méthane stagnant dans les lacs s’évapore alors pour former un nouveau cycle.
La couche de composés organiques est estimée à plus d’un kilomètre d’épaisseur.
Un observateur aurait donc l’image d’une région montagneuse terrestres au sol brun, où les cascades seraient des rivières d’hydrocarbures et les étangs des lacs de méthane. L’érosion créant à force de temps les paysages. Le tout baignant dans une atmosphère orangée striée d’éclairs.
Le plus incroyable, Huygens s’est posé sur un caillou, peut-être composé de méthane et de poussières. La chaleur de la sonde lors de l’impact a fait s’évaporer un peu de gaz de méthane. Mais surtout l’analyse a démontré le signal d’un “matériau” nouveau, qui n’a jamais été expérimenté sur Terre.
})
Les savants, lors de la conférence de presse, ont bien sur répondu à la question que nous nous posons. Il ne croient pas que la vie, du moins comme nous la connaissons sur Terre existe sur Titan. Ou alors à de très grandes profondeurs. Titan est un peu une vision de la Terre dans sa tendre enfance mais beaucoup plus éloignée de la source de chaleur du soleil. Les résultats de l’expérience Huygens (entre autre ce matériau inconnu) ont de quoi alimenter les spéculations et la recherche pour un bon bout de temps…
sources Esa, Futura-Sciences, Astrocosmos pour les principales







































































